Mathieu Verboud

Mathieu Verboud a d’abord été journaliste, sillonnant l’Afrique dès qu’il en avait l’occasion. Dans les années 1990, il a contribué à des ouvrages collectifs, à des revues de géopolitiques (la revue Limes), travaillant notamment sur la santé, la géopolitique du sida, et plus généralement sur les lignes de faille des politiques d’accès aux soins et aux médicaments en Afrique. Il bascule vers l’image en 2000 par le plus grand des hasards en réalisant un Envoyé Spécial sur la secte du Patriarche (« Sexe, Mensonges et Toxicos », 2000, France 2). Au début des années 2000, il se tourne vers le documentaire, espace où il peut enfin trouver des financements pour faire de l’investigation. Il s’agit cette fois de raconter à l’image et de mettre en scène ! Mais le pari vaut bien une messe, Mathieu Verboud a trouvé là le médium qu’il lui fallait pour ausculter le monde au gré de ses curiosités. Enfance maltraitée, raison d’État, onze septembre, lanceurs d’alerte, mensonges sur la guerre d’Irak, paradis fiscaux britanniques, diktats de la Curie romaine, instruction impossible des affaires dites « sensibles » (dossiers politico-judiciaires)… chacun de ses films va traiter de la question du pouvoir et de l’abus de pouvoir, tenter de comprendre ce qui a permis l’abus d’autorité et ce vers quoi ces abus nous conduisent. Dans ses documentaires, les hommes mais aussi les lieux constituent la matière du récit. Chaque film fonctionne comme l’autopsie d’un lieu de pouvoir (le sud de l’Utah dans Les Enfants perdus de Tranquility Bay, Washington DC dans Une Femme à abattre et La Cabale, ou encore la City of London, le Vatican)… voire, comme l’autopsie d’un lieu sans pouvoir (le Palais de justice de Paris dans L’Affaire de Tous).

Ces films sont aussi l’occasion pour Mathieu de démêler des écheveaux géopolitiques particulièrement complexes. C’est le cas avec Une Femme à Abattre (Prix de l’investigation au FIGRA 2008) ou avec La Cabale, où il fait parler un monde des coulisses, à savoir le monde du renseignement. En évoquant les circuits politiques de corruption du complexe militaro-industriel américain, il remonte aux sources de l’engrenage qui a conduit aux attentats de septembre 2001. Avec Du Côté des Anges (Arte, 2007), Mathieu a réalisé le premier film jamais fait en France sur le phénomène des lanceurs d’alerte. Dans ses derniers documentaires, il s’est attaché à nous raconter ces lieux de pouvoir que sont la City ou le Vatican, là encore avec comme première intention le souci de détailler la mécanique des rapports de force politiques.

Mathieu Verboud a par ailleurs collaboré comme co-auteur à deux films documentaires : la Mise à mort du travail, trilogie documentaire pour France Télévisions, 2009 (prix Albert Londres, Etoile Scam) et I comme Illettré (Arte, 2015).

Ces deux dernières années, Mathieu a travaillé notamment à l’écriture de films sur la question de l’espace sonore, sur la place qu’occupent les sons dans les mondes urbanisés. Il a notamment coréalisé Lettres Migrantes, documentaire d’expérimentation sélectionné au Festival des Instants Numériques (Marseille 2015)